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Mini-site critikat du Festival EntreVues de Belfort 2008

Bienvenue sur le mini-site critikat.com consacré au Festival EntreVues 2008, le festival international du premier film de Belfort. Critikat vous propose de suivre le festival qui se tiendra du 23 au 30 novembre 2008, sur ce mini-site qui vous présentera des compte-rendus réguliers des films et événements de cette 23ème édition


Palmarès du festival EntreVues

EntreVues est terminé. Le palmarès est d’une grande cohérence, les Jurys ayant récompensé les films les plus inventifs et les plus touchants de la sélection. Mais n’oublions pas les autres oeuvres proposées qui furent toutes d’une grande qualité. Cette 23ème édition fut un très bon cru grâce à des films forts, musicaux, émouvants, extrêmes et surtout très inscrits dans la réalité politique et sociale de notre monde. C’est l’un des fondements du festival, et ce depuis sa création. Chaque métrage proposé par l’équipe d’EntreVues est la promesse d’un questionnement sur notre humanité. Le festival nous a également permis de (re)découvrir Yousry Nasrallah par le biais d’une belle rétrospective. L’Egyptien a pris un véritable plaisir à échanger sur son œuvre dans l’ambiance sympathique et humaine de Belfort. Même impression concernant Edith Scob qui a pu constater l’amour que lui porte le public. Après cette période de réelle ivresse filmique, nous vous donnons rendez-vous l’année prochaine pour suivre la 24ème édition d’un festival qui est vraiment à part dans le paysage cinématographique français.


Palmarès


Prix décernés par le Jury des films de fiction

Grand prix du long-métrage : Le chant des oiseaux d’Albert Serra

Grand prix du court-métrage français : Hom (heart of mine) de Franck Vialle

Grand prix du court-métrage étranger : Love you more de Sam Taylor-Wood

Prix Janine Bazin (prix d’interprétation) : Eleonore Hendricks pour son rôle dans The Pleasure of being Robbed.


Prix décernés par le Jury des films documentaires

Grand prix du long-métrage : Aka ana d’Antoine d’Agata

Grand prix du court-métrage :Je flotterais sans envie de Franck Beauvais


Prix décerné par les deux Jurys

Prix du film français : Je ne suis pas morte de Jean-Charles Fitoussi


Prix décernés par le public

Prix du long-métrage : Prince of Broadway de Sean Baker

Prix du court-métrage : Love you more de Sam Taylor-Wood

Prix du documentaire : Gaza, souvenirs de Samuel Albaric

Prix One + One: Pink (Roz) d’Alexander Voulgaris

Mention spéciale au prix One + One : Je flotterais sans envie de Franck Beauvais

Medicine for melancholy [Compétition officielle]

Medicine for melancholy

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Gabbla [Compétition officielle]

Gabbla

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California company town [Compétition officielle]

California company town

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La Tanière [Compétition officielle]

La Tanière

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A l’Est de moi [Compétition officielle]

A l’Est de moi

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Yousry Nasrallah [retrospective]

rétrospective Yousry Nasrallah

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Love you more [Compétition officielle]

Love you more

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L’Exil et le royaume [Compétition officielle]

L’Exil et le royaume

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Une nouvelle ère glaciaire [Compétition officielle]

Une nouvelle ère glaciaire

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Aka Ana [Sélection officielle]

film Aka Ana

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Je flotterai sans envie [Sélection officielle]

film Je flotterai sans envie

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Le chant des oiseaux [Sélection officielle]

film Le chant des oiseaux

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Début de la compétition

Les hostilités sont lancées avec le début de la compétition. Nous avons pu voir deux courts-métrages de fiction très maîtrisés. Le premier, Silencio du Thaïlandais Sivaroj Kongsakul, qui filme un preneur de son partant en quête du silence. Ce qui intéresse d’emblée dans cette œuvre c’est sa puissance poétique : l’œuvre est une succession de plans contemplatifs où les sons enregistrés par un personnage lunaire contaminent l’espace filmique. La bande son se fait alors métaphore des ressentis du protagoniste qui rêve de capter le silencieux. C’est aussi un rapport très fort entre l’Homme, son corps, ses perceptions et la nature ambiante, comme souvent dans les cinémas d’Asie de l’Est et du Sud. Le deuxième court, Sois sage, ô ma douleur - tiré des Fleurs du mal de Baudelaire -, du français Damien Manivel, est un portrait anatomique d’une jeune femme qui éprouve des difficultés à habiter son corps. L’intériorité du personnage est analysée et extériorisée par le biais d’un découpage filmique qui se focalisent sur des parties de son corps en action et en souffrance. L’œuvre se termine de manière radicale par un plan organique de « l’héroïne » présenté de manière frontale.

La compétition des courts-métrages documentaires, commence également avec succès grâce à deux films français que l’on peut lier l’un à l’autre par leur musicalité. Le premier, But we have the music de Shanti Masud nous présente des portraits de ses amis filmés en super 8 et en noir et blanc, sur des morceaux de musiques rock et folk. Les morceaux se propagent sur l’espace filmique comme extériorisation de la personnalité des sujets filmés, mais aussi comme réaction de l’individu face à cette musique. Les personnages se livrent à la caméra dans une mise en scène musicale où les sons font office de direction d’acteur. On est ainsi dans un espace d’écoute et de ressentis. Le film se termine par un morceau du Gun club, ce qui permet de réaliser une transition parfaite avec le deuxième court, Hardtimes killin’floor blues de Henri-Jean Debon, qui est un doc sur Jeffrey Lee Pierce, le chanteur du groupe australien, mort en 1996. Ce qui étonne de suite, c’est que cette œuvre a été réalisée grâce à des rushs vieux de 14 ans. L’auteur, grand fan du chanteur, l’avait filmé avec une caméra super 8 sans penser un jour en faire un documentaire. Il a ainsi réalisé un montage qui permet de nous livrer un film attachant, car très franc. Debon filme son idole avec un réel respect et sans aucune ironie alors que l’on découvre un artiste ruiné et en mauvaise santé, véritable caricature du bluesman en fin de carrière. {Hardtimes killin’floor blues} est une œuvre d’autiste selon l’auteur mais on peut surtout y voir une certaine désacralisation de l’idole, filmée en gros plans dénués d’artifices. Ce n’est pas de l’idolâtrie, mais plutôt de l’amour pour l’individu filmé. Debont est constamment en retrait, sa présence se faisant uniquement ressentir par le son de la caméra qui semble signifier son émoi devant le chanteur.

Soirée d'ouverture

Samedi a donné lieu à une belle soirée d’ouverture lors de laquelle l’équipe du festival et divers intervenants, nous ont présenté les invités et les films de cette 23ème édition, tout en rappelant l’esprit d’EntreVues, toujours aussi redevable à sa créatrice, Janine Bazin. C’était aussi l’occasion d’affirmer avec force la place importante de cet événement : EntreVues est le festival de cinéma du grand Est. Il est aussi l’un des seuls de son envergure à échapper aux logiques pernicieuses de commercialisation de la culture et aux stratégies de communication outrancières. Les discours des élus locaux et de Catherine Bizern furent aussi l’occasion de dénoncer la censure qui ne cesse de contaminer notre société et de ce fait l’art, surtout en ces temps d’exacerbation d’un certain ordre moral : le festival a connu des problèmes avec la programmation du film Ecchymoses de Fleur Albert ; la projection est toutefois maintenue, l’équipe et les élus ayant affirmé leur lutte contre toute forme de censure. Ces soucis furent en partie oubliés grâce à la projection de l’un des plus grands films fantastiques de notre patrimoine cinématographique, Les yeux sans visage de Georges Franju, présenté par la précieuse Edith Scob. On ne pouvait pas mieux commencer un festival qui a décidé cette année de baigner dans une thématique de l’ivresse filmique.

Présentation et historique du festival EntreVues

EntreVues accompagne l'éclosion des cinéastes de demain depuis 1986. Cette date est la troisième phase d’une belle histoire qui a commencé en 1969 sous l’impulsion du directeur des affaires culturelles de la mairie de Belfort, monsieur Legrand, qui avait institué une rencontre des 1er films d’école. En 1980, la regretté Janine Bazin fait évoluer la programmation vers des films plus aboutis et 1986 marque la création officiel du festival EntreVues toujours sous l’impulsion de Bazin. Ce festival comprend alors une compétition accompagné de rétrospectives. Cette formule est toujours la même à l’heure actuelle, le festival EntreVues cherchant à faire cohabiter passé, présent et futur.

En 2001, Janine Bazin a légué sa place à Bernard Benoliel et en 2006 Catherine Bizern a pris le relais de belle manière avec toujours les érudits Jean-Sébastien Chauvin et Bertrand Loutte à la sélection – depuis 2003. Cette équipe respecte l’esprit originel d’un festival qui permet de réfléchir sur l’évolution du cinéma par son interaction entre une programmation d’œuvres qui ont marqué l’histoire du septième art et une sélection de premier, deuxième et troisième films (courts et longs ; de fiction et de documentaire).

Pour sa 23ème édition, EntreVues nous propose une compétition d’œuvres toujours aussi séduisante. Nous porterons notre attention sur le deuxième film de Albert Serra - Honor de Cavalleria, primé à EntreVues en 2006 – et la dernière œuvre de Tariq Teguia – primé en 2007 avec Rome plutôt que vous. On surveillera également Jean-Charles Fitoussi qui sera présent avec Je ne suis pas morte. On espère surtout découvrir dans cette compétition conséquente – 37 films – les grandes révélations auxquelles nous a habitué le festival.

Les rétrospectives, quant à elles, nous permettront de (re)découvrir des grandes œuvres du cinéma tout en réfléchissant sur son histoire : il s’agira notamment d’un hommage à Michael Lonsdale et Edith Scob - en la présence de l’actrice -, deux de nos acteurs les plus intrigants et les plus précieux ; une intégrale des films de l’égyptien Yousry Nasrallah - ancien assistant du regretté Youssef Chahine - qui dépeint l’évolution de son pays depuis vingt ans - le cinéaste donnera à cette occasion une leçon de cinéma ; des fragments de l’œuvre intransigeante de Paul Verhoeven en présence de son scénariste Gerard Soeteman ; un hommage exceptionnel sera également rendu aux quarante ans de la Quinzaine des réalisateurs – 19 films présentés - avec qui EntreVues partage la même soif de découverte des talents de demain; une belle transversale « Pouvu qu'on ait l'ivresse » consacrée aux films baignant dans l'excès et les expériences limites; à enfin nous pourrons assister à une programmation autour de la mort aux trousses, prolongée par un colloque sur la figure de l'espion au cinéma. Un programme riche qui saura assurément combler les attentes des cinéphiles les plus exigeants.