Voici le deuxième film d’Albert Serra, qui a été primé à EntreVues en 2006 avec Honor de cavalleria. L’Espagnol nous conte ici l’histoire des trois Rois mages qui partent en quête du Messie venant de naître. Serra étonne d’emblée par un humour absurde qui nous présente des mages pieds nickelés perdus dans l’immensité des paysages traversés : ils déambulent, se perdent et se disputent afin de trouver le bon chemin. Cet humour est cohérent avec la volonté du film de désacraliser les mythes en les rendant plus humain. Nous sommes en présence de blocs de temps en forme de plan fixe d’une longueur déstabilisante. Serra semble construire certains plans à la manière des peintures de Caspar David Friedrich qui montrait l’individu seul face à l’immensité du monde. Cela est surtout vrai lors d’une magnifique séquence où les Rois mages traversent un désert ; ils s’enfoncent longuement dans la profondeur de champs, jusqu’à devenir d’une petitesse qui tranche avec la grandeur du paysage filmé. Les figures sacrées sont alors ramenées à leur statut d’Homme, notamment Jésus, Joseph et Marie qui sont présentés avec une grande simplicité, l’un des éléments essentiels de la mise en scène de Serra. Il y a chez lui une recherche constante de naturel et de réel. Il est aussi un cinéaste métaphysique voulant capter l’indicible par le biais de la longueur temporelle du plan. En voulant apparemment désacraliser les mythes, on peut également constater qu’il les sacralise dans le même mouvement en souhaitant leur donner figure humaine. Chez Serra, le mythe, c’est l’humain.