Frank Beauvais, qui est un habitué du festival de Belfort, revient cette année en compétition avec un film documentaire court qui nous parle d’un amour impossible : l’auteur a réalisé un travail sur Arno, un jeune homme de vingt ans dont il est tombé amoureux, mais qui se refuse à ses sentiments. Nous sommes alors en plein film « je », qui nous parle de l’autre. Ce métrage sensoriel, qui capte l’intériorité de son auteur face au discours d’Arno, est formellement abouti, par son filmage syncopé et tremblant – fruit d’un long travail d’expérimentation. La pellicule, matière organique, enregistre le malaise de Beauvais devant le refus de l’autre. Le réalisateur filme des paysages, des animaux, des symboles religieux morbides en signifiant constamment ses perceptions face aux dires d’Arno. Ce style très touchant peut être rapproché d’un film : Dans mes bras de Naomi Kawase, dans lequel la cinéaste nippone part à la recherche de son père qui l’a abandonné enfant. Dans un style documentaire « Je », elle filme ses sensations en filmant la nature avec une caméra tremblante d’émotions. Les deux Å“uvres se concluent d’ailleurs de la même façon, par un plan soudain du sujet de l’œuvre, jusqu’alors non filmé. Il serait alors intéressant de mettre en concordance le travail des deux auteurs.